I - DEPART A LA DECOUVERTE DE LA PROVENCE.J'ai peint
beaucoup la Provence de Daudet : Tarascon, Saint-Remy, les Baux,
les Saintes-Marie, Arles, Avignon et bien d'autres.
Mon point de chute était Lourmarin à l'hôtellerie du Paradou. Il n'y avait que cinq chambres, c'était surtout un relais gastronomique.
Une grande tonnelle, dont j'en ai fait un croquis et une peinture à l’huile. Le dimanche, les comtes d'Ansouis y venaient régulièrement déjeuner. J'ai fait un croquis de l'entrée de ce village d'Ansouis bâti sur un éperon rocheux coiffé du château, mi-forteresse, mi-habitation de plaisance. Je vous propose un croquis du pied de la montée vers le village.
A Cucuron, j'ai fait la connaissance d'un vannier qui avait connu Fernandel. Là également, j'ai rencontré un couple qui fabriquait des santons, habillés jusqu'au moindre détail. Ils sont signés Germaine Sarre. Ce couple d'artistes est venu dans le midi pour la santé du monsieur. Ils habitaient Paris et avaient réalisé, entre autres, tout le haut moyen âge en personnages d'un mètre cinquante de haut. J'y suis retourné les saluer deux fois, mais à la troisième fois ils étaient décédés tous les deux dans l'abandon et la misère.
Croquis du beffroi de Cucuron qui est une porte de l'enceinte transformée. La Provence est très accueillante pour les touristes. Elle en vit mais quand on s'y installe, notre mentalité de nordiste n'est pas en accord avec la leur et cela prête vite à des conflits et jalousies. Le marché d’Apt où toutes les senteurs de la Provence s’y trouvent réunies et par-dessus tout cela, comme disait Becaud, l'accent qui se promène... A la sortie d'Apt, par une route sinueuse, on se dirige vers le Buoux, petit hameau pittoresque. Avant d'y arriver on découvre la plaine avec à l'horizon, la chaîne du Luberon qui cerne celui-ci d'une ligne bleutée.
En bas du tableau nous apercevons les maisons dispersées du Buoux. Ceux-là aussi, sont de vrais souvenirs, une maison toute simple avec un gros platane, derrière moi, une boulangerie fleurant le bon pain. Moi, une feuille de papier blanc sur laquelle je vais essayer de capter cet instant et je vous le livre.
Comment
ne pas évoquer aussi cet endroit sublime que sont Les Baux-de-Provence. Les Alpilles doivent se voir en diverses saisons et à des heures différentes pour admirer les jeux d'ombre jouant dans les rochers. J'ai eu ce plaisir de voir les Alpilles en juin et en septembre, les mots sont trop pauvres pour exprimer les sentiments qui vous envahissent. Le village, perché au-dessus des rochers, se distingue à peine de loin, ses maisons sont intégrées dans la roche et construites avec ce même matériau.
Le long de la crête du Lubéron, la forêt des cèdres du Liban avec ses belles pommes ovoïdes. Comme je m'apprêtais à en mettre une en poche, un garde forestier s'amène en jeep et nous taillons une bavette, il me dit connaître la Belgique, que le roi Baudouin avait visité la forêt domaniale et qu'on lui avait offert comme cadeau une pomme de cèdre. Du coup, j'ai chassé de mon esprit l'idée d'en prendre une...
A Tarascon, ville où je suis allé plusieurs fois, parce que très centrale, elle est à 30 Km d'Avignon, d'Aix, des Ste-Marie, d'Uzès. Tarascon se situe à droite du Rhône et Beaucaire, sa jumelle à gauche. Beaucaire a une place de la République entourée d’une rue couverte comme on peut en voir autour de la place de la Collégiale de Villefranche de Rouergue et couramment en Italie.
J'ai fait la connaissance d'un vieux monsieur de la région.Pour le plaisir d'être baladé en voiture, il m'a montré beaucoup de choses que le touriste ne voit pas. Il m'a emmené dans la Crau ou des gardians marquaient les veaux de l'année. Je me vois encore planté au milieu de la garrigue, des hommes à cheval poursuivant les taureaux et vachettes avec leur pique à trident pour isoler le veau, sauter sur lui, le retourner pour lui immobiliser les pattes et un autre gardian venir avec une lance munie au bout d’un fer rougi au feu avec la marques du propriétaire. Grésillement et odeur de chair brûlée puis le veau relâché filer à fond de train beuglant sa douleur. Ils nous passaient par devant par derrière et le vieux appuyé sur son bâton criant des choses aux hommes dans une langue que je connaissais pas.
Ce furent aussi les manades du dimanche matin où les jeunes du village confrontaient leur vaillance dans une petite arène avec des vachettes aux cornes emboullées et ornées de petits pompons blancs et d'une cocarde rouge au milieu du front, attachée aux cornes. Ces trophées, ils devaient les prendre pour les offrir à leur belle. Le provençal aime ses bêtes et joue avec, mais jamais de mise à mort. Aux Saintes Marie, il y a bien des corridas mais ce sont des Espagnols qui la pratiquent. A Tarascon, j'ai aussi assisté au lâché de taureaux dans la ville, poursuivi par le gardians qui les excitent. C'est très impressionnant et souvent il y a des blessés.
Dans les magasins de souvenirs, à part les santons et les terres, il y a le trident du gardian, symbole de la Camargue. J’étais intéressé par ce souvenir, mais à part la forme, c'était fait en tôle emboutie. J'en parle à mon guide improvisé qui m'emmène chez un bourrelier à Arles, un magasin où se fournissent les gens de coin. Quelle odeur agréable de cuir travaillé pour en faire des selles, des licous, des bottes et bien d'autres objets magnifiques. Là, j'ai eu mon trident en fonte bien lourd mais avec à la suite quatre mètres de hampe de châtaignier que j'ai dû laisser là-bas... Rentré en Belgique, je les fait tremper dans de l'eau, nettoyées et traitées pour la conservation dans le temps, mais cela c'est une autre histoire... A Beaucaire, j'ai été chercherà l'abattoir, deux bavettes de taureaux conservées dans du gros sel.
Il y a aussi ce merveilleux village en chapeau de Bonnieux, sans oublier celui de Gordes dont les maisons sortent du rocher tels des gemmes de cristaux. Au sommet, le château où se trouve le musée de Vasarely.
J’ai également fait deux fois les gorges du Verdon, lieu particulièrement sauvage. La route serpente et monte jusqu’à Moustier-Sainte-Marie qui nous apparaît nichée au milieu des rochers. En face, d’immenses champs de lavandes qui emplissent l’air de leur suave parfum
Lors d’un autre séjour, j’ai fait les gorges du Tarn qui sont très belles et je conseille à ceux qui désirent les voir, de le faire avant celles du Verdon, car moins impressionnantes ; elles ne supportent pas la comparaison. J’avais beaucoup apprécié le pont qui enjambe le Tarn pour accéder à Sainte Enimie.
Au fil des années, j'ai continué à parcourir le sud. A la sortie de Grasse, dans un petit hôtel familial, j'ai rayonné vers de beaux villages classés, Vence, Saint-Paul de Vence, Tourette sur Loup et j'en passe. C'était très beau et je vous invite à y aller, mais pour moi, je préférais les petits villages isolés, inconnus du grand public. Ces lieux très touristiques ont perdu de leurs charmes naturels, trop de magasins de souvenirs, de cafés, d'hôtels où tout est trop cher. L’hiver venu, les vieux se comptent car les autres sont partis jusqu'à la prochaine saison.
Fontaine de St-Paul de Vence
Je suis allé aussi en Haute Provence, à Barcelonnette dans la vallée de l'Ubaye. A deux pas de l'Italie, ils ont beaucoup souffert de la guerre et le pays étant pauvre, les toits des villages sont encore recouverts de tôles ondulées. Je me suis renseigné pour trouver un petit village typique, où les maisons avaient encore gardés tous leurs charmes d'antan. Je me suis embarqué sur une petite route qui se terminait plutôt en chemin empierré, c'était bon signe! Arrivé là, qu'elle ne fut pas ma stupéfaction de voir ce village entouré de grandes bâtisses modernes et un remonte-pente bien tristounet en ces mois d'été qui partait à l'assaut de la montagne. Trop tard, les touristes tels des doryphores avaient déjà conquis les lieux. Il est un fait, quand vous aimez la nature et que vous peignez la poésie d'un lieu, il doit vous imprégner et vous devez vous sentir en harmonie avec lui, les gens et les choses. Ce dont je vous parle ici, ce sont des souvenirs qui remontent aux années 1970 à 1980. Déjà en quatre-vingt, beaucoup d'endroits avaient changé, le Luberon était devenu la propriété des stars de l'écran, tout se vendait et se louait à prix d'or ! Après avoir vu une émission sur le département du Tarn à la TV, où on nous montrait, entre autres, le village moyenâgeux de Cordes, j'ai cherché dans les guides des adresses pas trop éloignées de ce village et me suis retrouvé à Alban. Le Tarn est une région riche pour la culture, on y trouve de gros fermiers aux riches exploitations, de grandes forêts de châtaigniers qui ont servis aux mobiliers, constructions et aux statues des églises, car ce bois ressemble très fort au chêne, mais en moins dur. Les pauvres, en hiver, nourrissaient leurs cochons ainsi qu'eux-mêmes avec la châtaigne.
Cordes, village classé, est splendide. Le jour où j'y suis allé, c'était une reconstitution historique. Tout le monde portait des habits d'époque ; ils étaient entourés de jongleurs, saltimbanques, musiciens, troubadours, échassiers... Ce qui m'a également marqué, c'est au détour d'une route, de découvrir la ville d'Albi, toute en briques roses, une cathédrale qui ressemble plus à un château fort, vu les incursions des protestants Albigeois. Le château du prince-évêque est transformé en musée Toulouse Lautrec. Celui-ci m'a laissé une impression formidable, car comme pour van Gogh à Amsterdam, les collections du musée sont un don de la famille Lautrec, qui a par ailleurs sa propriété et château dans la région. Ce musée est vivant, car on y trouve des croquis que Lautrec avaient dessinés à même les nappes en papier gris tachées de graisse qui recouvraient les tables. Croquis qui lui ont servi à l'élaboration de tableaux ou d'affiches. Dans une pièce, sur un mur, l’on peut voir un grand pastel du salon des prostituées et en face, la peinture à l'huile de ce même tableau. J'y suis retourné par deux fois (deux mois plus tard). Avant
de quitter le Tarn, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager
cette vue de la ville d'Albi, .
Dans le Tarn, il y a beaucoup de choses positives, mais à cause de la richesse du pays, les maisons, les fermes ont subi des modernisations au fil du temps et ont perdu ainsi leur charme d'antan. Avant
d'arriver à Alban, j’étais passé par le Lot pour saluer des amis, les
Fontaine qui venaient d'acheter une maison à Esclauzels, un village du
Quercy. Ils m'ont proposé d'y venir après la saison touristique.
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